Inspirés de longue date par le travail de Michel Foucault, les philosophes Alain Brossat et Alain Naze ont enquêté sur le « vrai-faux silence » de l’intellectuel préféré des français autour de la Palestine et d’Israël. La première partie de ce travail est accessible ici.
A défaut d’analyses, de prises de position, d’engagements, d’actions à propos de la question d’Israël-Palestine, il nous faut nous arrêter sur des détails, là où, incidemment, Foucault mentionne le problème (le conflit) ; ou bien encore sur des situations dans lesquelles, directement ou indirectement, notre objet entre en ligne de compte (à l’instar de la réunion du séminaire pour la paix au Proche-Orient tenue chez Foucault, en l’absence de Foucault). Mais il nous faut aussi bien être attentifs à l’usage que nous faisons du détail. La tentation première est de le saisir comme le fragment d’un objet plein, et de tenter de reconstituer cet objet – comme le fait Cuvier à partir des fossiles du ptérodactyle.
Mais à la réflexion, dans le cas présent, cette démarche est sujette à caution. C’est au fond celle qu’adoptent les biographes de Foucault quand, à partir d’une incidence biographique, ils énoncent en passant que Foucault était philosémite et qu’en conséquence il a toujours soutenu Israël. Ce passage (placé sous le signe de l’évidence) du détail biographique à la constante, l’invariance (« throughout his life ») est problématique, s’agissant d’un penseur, d’un intellectuel, d’un auteur dont le propre est d’entretenir une relation particulière au discours et aux énonciations. D’un tel personnage, on dira, non sans raison, que ce qu’il pense, c’est ce qu’il énonce, ce qu’il publie. La question ne serait donc pas tant ici de débusquer l’opinion constante et définitivement arrêtée dans le détail d’une parole ou d’un écrit, sous la forme, généralement, d’une incidente…
Auteur: dev

