Argentine : 50 ans après le coup d’État militaire, quel héritage de la dictature ? 

Le 24 mars 1976, il y a cinquante ans, les forces armées prenaient le pouvoir en Argentine par un coup d’État. Mais cette date ne marque pas seulement le début de la dernière dictature civico-militaire du pays — la dernière des six qui se succédèrent en moins d’un demi-siècle depuis 1930. Elle désigne aussi, et surtout, le moment où fut violemment interrompu un processus historique : celui d’une société qui, avec toutes ses contradictions, ses fractures internes et ses engagements inégaux, en était venue à concevoir la politique comme le terrain d’un affrontement ouvert autour du monde qu’elle voulait construire.

Il ne faut pas idéaliser cette époque. Les années qui précédèrent immédiatement le coup d’État furent marquées par une mobilisation populaire extraordinaire, mais aussi par une polarisation politique et une violence paraétatique croissantes, que la droite péroniste — avec la Triple A[1] de José López Rega (1916-1989) en tête — contribua de manière décisive à intensifier. La responsabilité première de ce processus incombe à ceux qui détenaient alors le pouvoir d’État, aux mains de María Estela Martínez de Perón, dite « Isabelita » (1931-), depuis 1974. Mais, jusque dans cette turbulence, subsistait quelque chose d’authentique et d’irréductible : la conviction, largement partagée dans de vastes secteurs de la société, que l’ordre existant pouvait et devait être transformé, et que cette transformation était à leur portée.

Le coup d’État détruisit cela. Et il le détruisit d’une manière qui n’admet ni euphémismes ni omissions : trente mille disparus, des centres clandestins de détention déployés dans tout le pays, des tortures inimaginables, les vols de la mort, la censure, la persécution, l’exil forcé de dizaines de milliers de personnes, l’enlèvement systématique de bébés et l’appropriation de leur identité.

Le terrorisme d’État fut…

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Auteur: ugopalheta

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