Pensant entretenir une relation avec Brad Pitt, une Française correspondait en réalité avec des brouteurs (cyberescrocs). Ces derniers appliquent les mêmes techniques que celles du marketing : flatter l’ego et créer un sentiment d’exclusivité. Alors, où se situe la frontière entre influence légitime et manipulation ?
Il était une fois, quelque part dans les méandres du numérique, une femme qui pensait vivre une histoire hors du commun avec Brad Pitt. Un jour, un message. Puis un autre. Peu à peu, l’idée d’une relation unique, d’un lien privilégié avec une star. Il lui parlait avec douceur, partageait des confidences, évoquait ses tourments. Avec elle, il pouvait être lui-même. Avec lui, elle retrouvait confiance. Jusqu’au jour où il eut un premier problème, puis un deuxième… une urgence. Un virement. Une promesse de remboursement. Elle voulait croire, jusqu’à ce que le rideau tombe.
Ces techniques de persuasion ne sont pas l’apanage de ceux que l’on qualifie de brouteurs, spécialistes d’un cyber-banditisme social. Elles peuvent également être au cœur du marketing, de la communication publicitaire et de toutes les stratégies qui ne vendent pas un produit, mais une promesse, une émotion, une appartenance. Alors, où se situe la frontière entre influence légitime et manipulation ?
Marketing de l’arna-cœur
Les escroqueries reposent sur des mécanismes bien huilés. Ce ne sont pas les faits qui comptent, mais l’histoire que nous voulons entendre, celle qui nous fait rêver ou espérer. Elles prospèrent sur la même logique que certaines campagnes publicitaires. Elles ne vendent rien de tangible au départ, seulement une idée, un rêve auquel on veut adhérer, une communauté à laquelle on veut appartenir ou une star à laquelle on souhaite ressembler… Et plus, si affinités.
Les marques cherchent à créer une connexion émotionnelle forte avec le consommateur en lui promettant une…
Auteur: Erwan Boutigny, Maître de Conférences en Sciences de Gestion et du Management, Université Le Havre Normandie

