En 1926, la publication de Art et production de Boris Arvatov aborde les problèmes du statut de l’art après la révolution, ses liens avec les techniques industrielles de reproduction, avec la critique de la vie quotidienne. La question des liens que l’art doit entretenir avec l’usine fait partie des multiples interrogations que soulève l’auteur, au cœur des bouleversements culturels et politiques qui secouent la Russie à cette époque.
La conception de l’art qui émerge dans les écrits d’Arvatov imprégnera ultérieurement les critiques matérialistes de la culture, de Walter Benjamin à Peter Bürger, en passant par Fredric Jameson : quelle articulation envisager entre pratique artistique et logiques propres à la sphère de la production ? Pour la première fois traduit en français, ce texte bénéficie d’une introduction de Claire Thouvenot qui revient sur le parcours d’Artatov, dans ses dimensions politiques et culturelles, notamment à travers sa participation au « Front gauche des arts ».
« Le camarade B. Arvatov est un travailleur dans le domaine de la culture prolétarienne, qui se donne entière- ment à la classe ouvrière et au communisme. Son intense activité – théorique et pratique – n’a pas faibli un seul instant. Il a livré un grand nombre d’articles sur l’art, le théâtre et la littérature dans plusieurs de nos organes de presse (Presse et Révolution, La Forge, LEF, Culture prolétarienne, etc.), a publié un recueil d’articles (L’Art et les Classes), a préparé pour la publication des monographies sur V. Maïakovski et N. Altman. Parallèlement à cette activité littéraire, il poursuit un intense travail de recherche et d’enseignement. Une série de bouleversements récents a lourdement affecté sa santé, il était surmené, son état nerveux menaçait de se dégrader. C’est pourquoi, sur les conseils du médecin, il a décidé d’entrer dans un établissement de soins. […] »
Au nom du LEF, S. Tretiakov, O. M. Brik, N. Tchoujak, N. Aseev[1].
Boris Ignat’evitch Arvatov (1896–1940) n’a que vingt-sept ans quand il est contraint de quitter la scène culturelle et publique moscovite, où il menait le combat au nom de l’art de gauche, pour l’art de production, « sous la bannière de la construction de la vie », et de passer le reste de sa vie en sanatorium et en hôpital psychiatrique. Pourtant, cela n’arrête pas son activité de publication, de critique et d’analyse, du moins jusqu’à la fin des années 1920, publiant, outre les travaux…
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