La déclaration du premier ministre canadien, Justin Trudeau, à la Chambre des communes, le 18 septembre dernier, en a surpris plusieurs, tant au pays que sur la scène internationale : le Service de renseignement de sécurité du Canada (SCRS) soupçonne que des agents du gouvernement indien soient derrière le meurtre du citoyen canadien d’origine indienne et pendjabi, Hardeep Singh Nijjar, le 18 juin à Surrey, en Colombie-Britannique.
Depuis la déclaration de Justin Trudeau, les médias indiens ne cessent de présenter le Canada (et son premier ministre) comme un pays offrant refuge au terrorisme khalistani.
Cette crise binationale a de multiples répercussions, tant diplomatiques qu’économiques et sociales. Ses enjeux dépassent cette accusation d’assassinat commandité. Pour mieux comprendre les forces en présence, je vous propose, comme directeur du Centre d’études et de recherches sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora à l’UQAM, un petit retour dans l’histoire récente du sous-continent indien et ses répercussions au Canada.
Le Khalistan rêvé
La décolonisation du sous-continent indien en 1947 a permis la création de deux nouveaux états-nations : l’Inde et le Pakistan. Cette partition a conduit à l’une des plus massive et tragique migrations humaines de l’histoire contemporaine, avec 10 millions de personnes déplacées et près d’un million de victimes.
Le Pendjab, grenier à blé de l’Asie du Sud, a été divisé entre le Pakistan (musulman) et l’Inde (majoritairement hindoue). Cette partition a laissé un goût amer aux Pendjabis, majoritairement d’allégeance sikhe — le sikhisme est cette nouvelle religion, instaurée au XVIe siècle et combinant plusieurs éléments de l’hindouisme et de l’islam. C’est ainsi qu’est né un mouvement de revendication pour la création d’un pays indépendant, niché au Pendjab, entre l’Inde et le Pakistan : le Khalistan.
Dans les…
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Auteur: Mathieu Boisvert, Directeur, Centre d’études et de recherches sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora et professeur au Département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal (UQAM)

