Détournement du célèbre « Assommons les pauvres ! » de Charles Baudelaire (Les idées s’améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique.).
Pendant quinze jours je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des journaux et des chaînes d’information à la mode dans ce temps-là ; je veux parler de ces émissions où il est traité de l’art de rendre les peuples libres, tranquilles et obéissants, en vingt-quatre heures. J’avais donc digéré, — avalé, veux-je dire, — toutes les élucubrations de tous ces entrepreneurs de sécurité publique, — de ceux qui conseillent aux Français de sacrifier leurs libertés individuelles sur l’autel de la sécurité collective, et de ceux qui leur persuadent qu’ils vivent dans un pays livré aux professionnels du chaos. — On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.
Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le germe obscur d’une idée supérieure à toutes les formules de maintien de l’ordre dont j’avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n’était que l’idée d’une idée, quelque chose d’infiniment vague.
Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises informations engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.
Comme j’allais entrer dans un café, je rencontrai une manifestation. Des étudiants défilaient en brandissant des pancartes sur lesquelles étaient inscrites quelques revendications que je n’eus pas le loisir de déchiffrer. L’un d’eux, un jeune homme d’apparence chétive, portait un sac à dos et tenait à la main une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Moins de flics, plus de frites ! » Il avait un de ces regards inoubliables qui renverseraient les gouvernements, si les regards renversaient les gouvernements, et…
Auteur: dev
