Attaquer à la racine la domination des femmes par le capital

L’Arcane de la reproduction est un ouvrage phare de la pensée féministe-marxiste, Leopoldina Fortunati offre une analyse systématique du processus de reproduction, en se concentrant sur le travail domestique et sur la prostitution. Elle montre, à l’aide des catégories marxiennes, comment le travail reproductif est central dans la reproduction de la force de travail, et comment il est, en cela, productif au sens marxiste. Dans le sillage de la tradition féministe-marxiste, Fortunati montre alors que le travail reproductif produit non seulement une valeur d’usage mais également une valeur d’échange.

L’œuvre initialement publiée en 1981 en italien (éd. Marsilio) a récemment été traduite en français par Marie Thirion aux éditions Entremonde (2022). La version française s’ouvre avec une préface signée par Silvia Federici ainsi qu’un article de Fortunati publié dans Viewpoint Magazine en 2013 (trad. Hélène Goy). Dans cet article repris ci-dessous, Fortunati revient sur sa trajectoire et son engagement politique entre opéraïsme et féminisme. Il est suivi par un extrait de l’introduction de l’ouvrage. 

Apprendre à lutter. Ma trajectoire entre opéraïsme et féminisme[1]

Quand j’ai rencontré l’opéraïsme, j’avais 19 ans. Je participais comme militante de base au mouvement étudiant de l’université de Padoue. J’étais jeune, j’étais donc silencieuse et j’ai appris. Je me souviens que dans de nombreuses réunions je voulais dire des choses, mais j’étais timide, peu sûre de moi et je préférais donc me taire. Les leaders du mouvement étaient généralement des étudiants, exceptionnellement des étudiantes, qui avaient déjà appris à faire de la politique avec une certaine expérience des partis ou des organisations politiques, contrairement à moi qui n’étais portée que par mes convictions de la nécessité de changer le monde pour faire triompher l’égalité, la liberté et la justice.

Ma seule expérience politique antérieure était ma participation, à 14 ans, aux grèves contre les essais nucléaires français dans le Pacifique. Je fréquentais alors le lycée « Tito Livio » de Padoue où il y avait très peu d’étudiant·es en grève. Quand le directeur est arrivé et m’a vue, il m’a dit « Entre ! » tout en essayant de me tirer l’oreille. Je me suis éloignée de lui et je lui ai dit qu’il ne pouvait pas s’adresser à moi de la sorte. Comme punition pour leur participation, les étudiant·es qui ont fait grève ont tous redoublé.

Me déclarer…

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Auteur: redaction