La complexité, ennemi de l’action
La biodiversité souffre d’un problème que le climat n’a pas. Elle est invisible. Diffuse. Impossible à résumer en un degré, une courbe, une date.
Tatiana Giraud, directrice de recherche au CNRS et membre de l’Académie des sciences, a décidé de s’y attaquer frontalement. Son livre, La biodiversité en infographies, l’urgence du vivant : comprendre pour agir, paru le 12 mars 2026 chez Tana Éditions, est une tentative ambitieuse : rendre la complexité du vivant accessible à tous, sans la trahir.
On connaît les abeilles. On ignore ce dont elles dépendent. On plante des arbres sans savoir que les trois quarts d’entre eux ne poussent pas sans champignons symbiotiques. On bétonise sans mesurer qu’on supprime les tampons naturels qui absorbent les crues.
« L’écologie, ce sont des interactions entre des centaines, des milliers d’espèces, avec des relations bénéfiques et des relations antagonistes », explique Tatiana Giraud pour La Relève et La Peste.
Cette complexité est un problème politique autant que scientifique. Ce qu’on ne comprend pas, on ne le défend pas. Ce qu’on ne défend pas, on le laisse mourir.
Le projet naît de ses cours au Collège de France, entre 2020 et 2021. Douze années d’enseignement à Polytechnique lui ont appris à lire les visages. L’infographie n’est pas un choix esthétique. C’est une conviction pédagogique. Montrer la cascade d’effets provoquée par la disparition du loup à Yellowstone, herbivores en surnombre, arbres disparus, castors partis, mares asséchées, batraciens perdus, prend des pages de texte. Un schéma le dit en un regard.

La science sous les coups
Le contexte dans lequel paraît ce livre n’est pas anodin. Aux États-Unis, des financements de recherche sont supprimés par décret. Des données environnementales disparaissent des sites gouvernementaux. Des chercheurs se retrouvent sans poste du jour au lendemain.
Tatiana…
Auteur: Isabelle Vauconsant

