Attentats, le traumatisme des enseignants

Pour elle, ­Samuel ­Paty est un absent très présent : chaque année lors des discours de prérentrée, son nom est invariablement cité, des portraits sont accrochés dans le couloir de tous les lycées de France. Elle a aussi lu la bande dessinée biographique Crayon noir(1), parue il y a quelques semaines, qui retrace le parcours de ­Samuel ­Paty et où sont consignées les notes et les réflexions de ce professeur qu’elle estime « modèle ». Aussi, au fil des années, ­Joëlle ­Alazard, présidente de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie (APGH), a un peu l’impression d’avoir appris à connaître le professeur d’histoire-géographie assassiné le 16 octobre 2020 après un cours sur les caricatures de ­Mohammed. Et, selon elle, à l’échelle de toute sa profession, « le traumatisme que constitue sa mort reste encore très profond ».

Alors que s’ouvre, ce lundi 27 novembre, le procès de cinq collégiens accusés d’avoir concouru à la mort de l’enseignant, de nombreux professeurs espèrent enfin obtenir des réponses aux questions qui les taraudent. « Surtout, nous voudrions comprendre comment des jeunes gens qui, a priori, ne présentaient pas un profil difficile ont pu en arriver là, le jeter en pâture avec une telle légèreté, souffle ­Joëlle ­Alazard. Comment aussi une telle cabale a pu être montée dans les jours qui ont précédé sa mort, contre un professeur qui était pourtant très aimé. »

Pour les enseignants, la mort de leur collègue constitue un séisme personnel. Ce n’est pas tant l’irruption du terrorisme au sein de l’école que la participation plus ou moins active des élèves qui les déstabilise. « La mort de ­Samuel ­Paty puis celle de ­Dominique ­Bernard ont très profondément ébranlé leurs certitudes », témoigne ­Ziad ­Khodr, médecin urgentiste et élu à la ville d’Arras. Lui était en première ligne des soins et de la prise en…

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Auteur: Emmanuelle Lucas