Canaã dos Carajás (Brésil), reportage
Des terres d’ocre, une chaleur suffocante et, çà et là, de rares arbres chétifs pour se mettre à l’ombre. On a beau se pincer, aucun doute n’est possible : nous sommes bel et bien en pleine Amazonie. Bienvenue à Canaã dos Carajás, à 770 km environ au sud de Belém, siège de la 30e COP sur le climat.
C’est ici que, depuis une vingtaine d’années, Vinicius Borba élève ses bovins pour en faire de la viande. Combien exactement, et sur combien d’hectares ? Le grand gaillard, tout de jean vêtu malgré le soleil de plomb, préfère ne pas répondre. « Je n’ai pas à le déclarer, ni à vous, ni à l’État. Ce serait un peu comme si tout le monde savait combien vous aviez dans votre compte en banque. Quand on vivra dans un régime communiste, là, l’État le saura. »
Car ce grand admirateur des États-Unis et pro-Trump est aussi et surtout avocat, spécialisé dans la défense de l’agronégoce amazonien. Son fonds de commerce : plaider pour les agriculteurs accusés de déforestation illégale. Hyperactif sur le réseau social Instagram, où il compte plus de 34 200 abonnés, ce climatosceptique est connu pour avoir réussi à faire annuler une amende de 150 millions de réais (24,3 millions d’euros) à un agriculteur accusé de déforestation. La plus grosse jamais émise par l’Ibama, l’agence environnementale brésilienne.
Fort de son succès, il a fondé en décembre 2024 l’Association des producteurs ruraux indépendants d’Amazonie (Apria), avoisinant aujourd’hui les 500 membres selon lui. « Et pas seulement dans le Pará ! » tient-il à préciser, pas peu fier.
L’Âge de glace
Plus récemment, ce cow-boy tropical, fan de lasso sportif, a fait les gros titres pour avoir voulu organiser la contre-COP de l’agrobusiness. L’événement s’est finalement vu annuler, supposément suite aux pressions du président Lula et du gouverneur de l’État…
Auteur: Raphaël Bernard

