Au Canada, une ville privée d'eau à cause des hydrocarbures

Montréal (Canada), correspondance

Angèle Coulombe sentait des odeurs d’essence sortir du robinet depuis dix jours quand la ville d’Iqaluit, dans le nord du Canada, proche du cercle polaire arctique, a annoncé l’état d’urgence, le 14 octobre. « Je trouvais ça étrange, ça sentait fort, mais nous avons quand même bu l’eau. La mairie, que nous avions contactée, nous disait que tout était normal. » Des résultats de tests ont depuis confirmé la présence élevée d’hydrocarbures dans un réservoir d’eau qui alimente la ville et l’état d’urgence a été prolongé jusqu’au 27 octobre. « Trois jours avant qu’ils l’annoncent, j’avais trop de doutes, j’ai donc acheté une caisse de vingt-quatre bouteilles d’eau. À 4 dollars chacune, ça m’est revenu cher, mais j’ai bien fait », dit l’esthéticienne d’Iqaluit.

Des infrastructures vieillissantes

Sur place, il y a urgence pour trouver l’origine de la contamination et empêcher qu’elle ne perdure. Le maire de la capitale du Nunavut, Kenny Bell, évoquait la semaine dernière comme hypothèse la fonte du pergélisol, causée par le réchauffement climatique. Elle aurait pu abîmer le réseau d’oléoduc et permettre à du pétrole de s’en échapper, comme elle aurait pu endommager aussi le réseau d’aqueduc. Daniel Fortier, auteur d’une étude sur l’hydrologie des rivières de la région, n’exclut pas cette possibilité : « Oui, les tuyaux ont pu bouger et craquer. Dans les années 1970, quand les ingénieurs ont construit les infrastructures du Nord [aqueducs et oléoducs], la température du pergélisol était stable, c’était solide comme du roc. Ce n’est désormais plus le cas : ils n’avaient pas inclus le réchauffement climatique dans l’élaboration du réseau. »

Pour autant, il estime que la fonte n’est qu’une possibilité parmi d’autres : « Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une vraie pression sur les infrastructures à Iqaluit, la croissance de la population est forte — la ville comptait deux fois moins d’habitants en 1996. Plus il y a de gens, plus on utilise des hydrocarbures. Même sans le réchauffement climatique, les risques de contamination sont donc plus grands. Peut-être y a-t-il eu des déversements, des fuites de ces hydrocarbures ? »

Du pergélisol au niveau d’une rivière proche d’Iqaluit, au…

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Auteur: Alexis Gacon Reporterre

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