S’inspirant d’un texte qui m’avait été demandé cet été par la revue Critikat sur l’avenir du cinéma, Antoine de Baecque avait proposé d’intituler l’intervention que je devais faire au Collège de France le 16 octobre dernier, autour de la question : « Le cinéma va-t-il disparaitre ? Le cinéma peut-il continuer ? » – Le cinéma de la 6e extinction.
Ce texte, écrit pour Critikat, ne portait pas de titre. Seulement une dédicace : au cheval de Turin.
Le cheval du film Bela Tarr.
Antoine, qui connait bien notre travail, sait à quel point Elisabeth Perceval et moi, sommes engagés depuis dix ans, dans cette idée encore très fragile, mais tellement inspirante : pour survivre à cette époque terrible, l’avenir du cinéma ne peut se trouver que dans son recommencement.
Ce qui me gênait dans ce titre proposé par Antoine, était le mot extinction.
Ces deux mots, placés côté à côte – cinéma / extinction – extinction / cinema – expriment à mes yeux une réalité en cours si dévastatrice, que je ne savais pas trop par quel bout la prendre.
Comme si pour pouvoir exister, les films devaient dorénavant se passer de lumière, puisque leurs financements suffiraient à les éclairer et à les sur-exposer dans l’espace « public » largement colonisé par les intérêts financiers de l’Industrie des images.
J’ai alors proposé un autre titre : Le semis de la renaissance.
Peut-être parce que nous venions de découvrir, grâce nos ami.es Saad Chakali et Alexia Roux des Nouvelles du Front Cinématographique, l’insensé film de Marcel Pagnol, Regain, tourné en 1937, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.
Et qui raconte, pendant 2h17… très loin de l’Industrie du cinéma de son époque, depuis sa propre fabrique de cinéma et son laboratoire de développement argentique, dans sa langue minoritaire, avec ses personnages et ses paysages non-professionnels ; comment la vie reprend dans un village…
Auteur: dev

