Au cœur des ténèbres

Depuis la sortie de notre livre L‘Université désintégrée, de nombreux étudiants et chercheurs nous ont fait part de leur surprise quant au nombre de liens entre la recherche publique, les universités et l’armée. La plupart, pensant qu’il s’agit de « dérives » ou de « débordements mineurs » de la part de leur institut, prennent le problème à l’envers. Car il s’agit d’une vraie politique publique de direction et de financement de la recherche publique pour l’armée et l’armement.

Alors que nous entrons dans l’ère de la guerre mondialisée, la situation se clarifie. Les instituts publics affichent dorénavant sans complexe ces liens. En écho à l’opus que nous venons de publier, Des treillis dans les labos (Le monde à l’envers, avril 2024) nous vous offrons un petit voyage dans l’univers de la banalité du mal. Nous commenceront par quelques aspects historiques permettant de nous situer (et d’éviter les indignations naïves) avant d’en venir aux liens actuels et d’esquisser quelques réflexions quant à l’opposition au complexe militaro-industriel.

1. Aspects historiques de la banalité du mal

La bombe atomique française, fille des recherches du CNRS

« Le CNRS a donc été aussi porté sur les fonts baptismaux par la recherche militaire, dans une perspective de mobilisation scientifique (…) ce sont les besoins de cette science mobilisée qui ont amené le responsable du CNRSA, Henri Longchambon, à imaginer un type d’organisation très moderne. »

La recherche scientifique moderne est fabriquée essentiellement par la puissance publique, c’est-à-dire par les États et les grands organes inter-étatiques comme l’Union Européenne. C’est pendant la Seconde guerre mondiale que la France se dote d’une recherche publique à la hauteur des ambitions de la guerre moderne et de sa stratégie nucléaire. Grâce à de la fusion en 1939 de deux organismes, la Caisse nationale de la recherche scientifique (CNRS) dirigée par Jean Perrin, très…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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