Dans Le cœur du Capital. Ces travailleuses de l’ombre qui font tourner le monde (Université Paris Cité Éditions, 2026), Fanny Gallot et Hugo Harari-Kermadec se penchent sur les femmes peu visibles, peu considérées, mal rémunérées, qui effectuent le travail de reproduction de la société, et sans qui il n’y aurait ni force de travail, ni d’économie ; bref, ces femmes qui constituent le « cœur » du capital.
En croisant féminismes, économie et luttes sociales, le livre, écrit pour un large public, envisage les enjeux théoriques et stratégiques du travail reproductif. Nous en publions ici un extrait. Des rencontres autour du livre sont d’ores et déjà prévues. On pourra prolonger cette lecture avec les dossiers de Contretemps : « Défaire le genre, refaire le féminisme » et « Féminisme et théories de la reproduction sociale »
Chapitre 3 : La reproduction en grève ! Lutter depuis le travail reproductif pour repenser le monde
Institutionnaliser le travail reproductif ?
Dire qu’une tâche, notamment domestique, est un travail, c’est avant tout souligner qu’elle est utile à quelqu’un d’autre que celui qui la réalise. C’est ce qu’affirme Delphy, dans L’ennemi principal : « Selon nous, seuls peuvent être appelés travail gratuit [en fait, travail tout court] les services fournis à autrui. » C’est bien la préparation d’un repas par une femme pour son conjoint et ses enfants qui constitue un travail, pas celui qu’elle préparerait pour elle-même si elle vivait seule. En préparant le repas, elle dégage du temps à son conjoint, qui est donc disponible pour travailler ou se reposer. Mais si elle le prépare pour elle-même, elle ne dégage aucun temps pour personne.
Le travail reproductif sous sa forme domestique est bien un travail parce qu’il est réalisé pour quelqu’un d’autre. Mais pas n’importe qui : il n’est réalisé que pour les membres de la famille (mari,…
Auteur: ugopalheta

