Au-delà de la cupidité. Ce que raconte l’affaire Madoff de la finance capitaliste

Extrait de DURAND Cédric, Le Capital fictif. Comment la finance s’approprie notre avenir, Les Prairies ordinaires, Paris, 2014.

Chapitre 1. Au-delà de la cupidité

Dans le débat public, le problème de la financiarisation s’est d’abord posé dans des termes moraux. Les récents scandales causés par la révélation des mauvaises pratiques des grandes banques ont jeté un immense discrédit sur le secteur. On ne cherchera pas ici à racheter une profession dont on a de bonnes raisons de penser que sa contribution au bien commun est inversement proportionnelle aux rémunérations astronomiques qu’elle s’accorde. Mais, comme nous allons le voir, l’explication de la crise par l’immoralité des acteurs financiers ne résiste pas à l’analyse.

Un parfum de scandale

En plein cœur de Wall Street, l’escroc Bernie Madoff a joué à de puissantes institutions financières un tour vieux comme le monde, celui de la pyramide Ponzi. Santander, HSBC, Natixis, Royal Bank of Scotland, BNP Paribas, BBVA, Nomura Holdings, AXA, le Crédit Mutuel, Dexia, Groupama, la Société Générale, entre autres, ont été bernés par cet ancien joueur de tennis (exactement comme l’avaient été des millions d’épargnants russes et des centaines de milliers d’Albanais après la chute des régimes socialistes. Ces derniers découvraient alors les joies du capitalisme !). La séquence Madoff est symptomatique d’une atmosphère de confiance aveugle dans les capacités de valorisation financière. Elle n’a cependant rien de sophistiqué, ni aucun lien direct avec la bulle immobilière étasunienne des années 2000. Lors de sa déposition en mars 2009, Madoff a admis que son stratagème consistait à déposer l’argent de ses clients à la banque et, lorsque ceux-ci souhaitaient le retirer, à leur verser les fonds requis en puisant dans ce compte « les sommes qui leur appartenaient ou avaient été versées par d’autres clients »[1]. Toutefois, cette arnaque extrême – 17 à 20 milliards de dollars tout de même ! – n’est que la pointe émergée d’une montagne de fraudes. Car ceux qui s’enrichissent le plus sont généralement des tricheurs.

En moyenne et dans la durée, on constate qu’aux États-Unis, ni les petits épargnants, ni les fonds d’épargne collective, ni les fonds de pensions ne sont capables de réaliser des gains spéculatifs, c’est-à-dire des gains en capitaux supérieurs à ceux correspondant à l’évolution du marché (Malkiel, 1995 ; Odean, 1999). Il n’y a pas de miracle boursier pour les salariés…

La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: redaction