Il est courant de parler de la démocratie comme d’un certain type de régime politique, à savoir une organisation impliquant des règles de fonctionnement particulières, des institutions diverses, des commissions, des processus de consultations, etc. La démocratie est alors conçue comme un « système » en lui-même, avec par exemple des instances séparées du pouvoir comme le « législatif », le « juridique » et l’« exécutif ».
Cette représentation des choses est juste et il n’y a pas lieu de la remettre en cause, mais en même temps, elle concerne seulement l’armature de la démocratie, ou son squelette. Ce n’est pas son souffle ou sa vie, ce n’est pas le sang qui irrigue le système et qui le met en mouvement.
Tout aussi importante, voire plus importante encore, s’avère la manière d’être ou la forme de vie (Lebensform) qu’implique un tel régime, ce que les Grecs appelaient un éthos.
Spécialiste de la philosophie grecque et de la manière dont elle a influencé le développement de la démocratie et de la culture occidentales contemporaines, je fais depuis 30 ans un incessant va-et-vient entre le passé et le présent, les anciens et les contemporains.
Vous pouvez assister à un entretien avec le chercheur Jean-Marc Narbonne, lauréat de la Médaille d’or des prix Impacts 2024 décernée par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), le mercredi 5 mars, dans le cadre d’un partenariat avec La Conversation Canada. Cliquez ici pour vous inscrire.
La démocratie, une entreprise partagée
On a beau disposer des meilleures règles du monde, si personne ne les suit, si la réceptivité à l’égard des mesures proposées fait défaut, alors la structure elle-même se révèle inutile ou inopérante.
Aristote déjà rappelait clairement cette exigence dans son ouvrage Politique.) :
Car aucune des lois les plus utiles ne sera du moindre profit […] si les citoyens ne sont pas…
Auteur: Jean-Marc Narbonne, Professeur de philosophie, philosophie grecque et tradition démocratique, Université Laval

