Chamonix (Haute-Savoie)
Les crampons crissent sur la neige. Le piolet, planté à intervalle régulier, s’enfonce sans peine sous la surface légèrement glacée. Chaque respiration rythme l’ascension vers le sommet, à 4 809 mètres d’altitude. Soudain, un grondement déchire le silence. Un hélicoptère apparaît derrière une crête, troublant la magie du moment. À l’intérieur, des touristes, téléphone portable en main, prennent des photos à tout-va. Elles finiront sur les réseaux sociaux, où leurs auteurs se vanteront d’avoir admiré le toit des Alpes sans effort. Ces riches voyageurs auront déboursé au moins 165 euros par personne pour un survol du mont Blanc.
Combien sont-ils chaque année à brûler du kérosène pour tutoyer les sommets ? Avec l’aide du collectif Mémoire vive, Reporterre a fait les comptes. En 2024, on a dénombré entre 1 566 et 1 973 vols en hélicoptère au-dessus du massif du Mont-Blanc. Les vols liés aux secours (301) et aux ravitaillements de refuges (110) ont été exclus de notre calcul. En haute saison, entre juillet et août, une quinzaine d’engins viennent chaque jour troubler la tranquillité de ces hautes altitudes.
« C’est un chiffre significatif », dit amèrement Éric Fournier, le maire de Chamonix (UDI), qui se bat depuis des années pour encadrer cette activité. « Les hélicoptères ne sont pas le seul problème. Il y a aussi les petits avions qui font du “touch and go” sur le glacier du Tour, celui d’Argentière ou encore au Jardin de Talèfre. Et quand on demande les chiffres à la DGAC [Direction générale de l’aviation civile], ils ne peuvent pas nous les donner car ces petits avions ne sont pas équipés de transpondeurs ». Ainsi, les beaux jours, notamment les week-ends de mai, le maire a déjà recensé près de cinquante passages d’aéronefs déchirant le ciel cette année.
Indignation des guides de haute montagne
Ce brouhaha incessant…
Auteur: Laury-Anne Cholez

