Êtes-vous prêts à embarquer avec Chiharu Shiota ? L’artiste japonaise a suspendu une nuée d’esquifs aériens et immaculés à l’entrée de la rétrospective que lui consacre, cet hiver, le Grand Palais à Paris (1). Célèbre pour ses tissages arachnéens enveloppants ou impénétrables, l’artiste y a déployé sept installations monumentales.
Pendant deux semaines, elle a déroulé et entrelacé à la main, avec six assistants et une vingtaine d’étudiants bénévoles de l’École de la maille, pas moins de 40 kilomètres de fils noirs ou rouges, ses teintes de prédilection.
Complétées par des sculptures, des dessins, des films des performances et des mises en scène de Chiharu Shiota pour le théâtre ou l’opéra, c’est une occasion unique d’embrasser ses trente années de carrière. Même si cette exposition, venue du Mori Art Museum de Tokyo, faiblit par moments avec des séries de photos légendées qui donnent l’impression de feuilleter un catalogue.
Revenir à la terre mère
Au début du parcours, une grande grotte utérine, où flottent six barques reliées par des ramifications rouge sang, annonce la couleur. Uncertain journey (2021, « Voyage incertain ») évoque à la fois la naissance et la mort, le cheminement d’êtres distincts mais unis par la chair.
Endeuillée par la perte de son père et d’un enfant à naître, Chiharu Shiota, qui a également dû affronter deux cancers, a commencé à utiliser des barques, ces métaphores de la vie, en 2015, lorsqu’elle a représenté le Japon à la Biennale de Venise.
Se tisser une chambre à soi
C’est à la même époque, en s’installant en Allemagne, que l’artiste a inventé ses cocons. « Je voulais vraiment trouver un endroit à moi (…) J’ai commencé à tisser des fils dans ma chambre. » Une manière aussi, pour celle qui avait commencé par la peinture abstraite, de tracer des lignes, de dessiner dans l’espace et de faire ainsi corps avec son…
Auteur: Sabine Gignoux

