Lac d’Annecy (Haute-Savoie), reportage
Ils posent tout sourire devant leurs téléphones brandis à bout de bras. En arrière-plan, le ciel bleu, les montagnes blanches et le lac turquoise. Un paysage de carte postale qui a attiré ces couples venus tout droit d’Italie, de Russie et de Paris. Bienvenue au lac d’Annecy, autoproclamé « lac le plus pur d’Europe ». Mais qu’on ne s’y trompe pas. Derrière ce paysage de rêve, il n’y a pas qu’une affaire d’heureux hasard géographique. Il y a les activités humaines et l’histoire d’un réveil écologique précoce.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, comme d’autres lacs, celui d’Annecy s’est mis à tourner peu à peu au vert sous l’effet du développement urbain. Les algues s’y multipliaient, les poissons nobles se raréfiaient. Plongeurs, pêcheurs et scientifiques ont alors alerté sur l’état d’eutrophisation accéléré du lac, c’est-à-dire son indigestion aux eaux usées… Le même phénomène qui empoisonne aujourd’hui les plages bretonnes. L’alerte a été prise au sérieux par les édiles locaux et un plan d’action a été mis en place. Ainsi est né en 1957 le Syndicat intercommunal du lac d’Annecy (Sila). Les travaux d’assainissement ont été lancés pour dévier les égouts hors du lac. Près de quarante ans plus tard, le lac d’Annecy est officiellement tiré d’affaire et décroche la médaille du lac le plus pur d’Europe.
L’usine de dépollution du Siloé, à Cran-Gevrier. © Caroline Vinet / Reporterre
Le cœur de cette réussite se niche non loin d’Annecy, à Cran-Gevrier. C’est là, en contrebas d’une zone pavillonnaire, coincée entre la rivière le Fier et la déchetterie que se dresse la discrète usine de dépollution de l’agglomération annécienne, le Siloé. Si discrète qu’on en oublierait presque que c’est là qu’aboutissent l’eau mousseuse de la douche, les résidus de liquide vaisselle et d’huile de cuisson des restaurants et les doux effluents des toilettes de milliers d’Annéciens. Ni odeur ni fumée nauséabonde. Pas un bruit. Pas un humain à l’horizon. L’œil se repose sur les lignes épurées des pelouses vertes et des larges allées en dalles blanches. Quand, tout à coup, il est violemment happé par d’immenses silos d’un bleu primaire à faire pâlir le ciel de janvier, posés comme des Lego sur ce décor de Sillicon Valley à la sauce savoyarde. C’est sous leurs dômes hermétiques que macèrent et disparaissent les résidus des égouts et des collecteurs d’eau…
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Auteur: Reporterre

