Au Liban, « le pays de la guerre des autres », le spectre de 2006

Dans le sous-sol d’un bar animé du quartier Geitawi, à Beyrouth, un stand-upper débutant, micro en main, teste les blagues de son prochain spectacle devant un auditoire clairsemé. Au menu, une recette qui fonctionne ces derniers temps : le quotidien ubuesque des Libanais confrontés à la pire crise économique que le pays ait jamais connue. Ce soir-là, pourtant, les blagues tombent à plat. L’actualité locale, ponctuée par les variations du dollar, la vacance présidentielle, le bouc émissaire syrien, s’est tue le 7 octobre, remplacée par un fantôme bien plus inquiétant. Juliana, 31 ans, applaudit mollement : « Il a encore du boulot… »

Depuis quelques jours, la jeune femme ne dort plus et vit au rythme des annonces sur X (ex-Twitter) et WhatsApp. Ce soir-là, des informations sur un mouvement de grande ampleur du Hezbollah à la frontière avec Israël inondent les réseaux. On parle d’une nouvelle guerre, l’ambassade américaine s’apprêterait à évacuer. Les informations sont finalement démenties une heure plus tard. « Après tout ce qui s’est passé, la crise, l’explosion du port, je suis déjà anxieuse normalement, mais là c’est au-dessus de tout. »

Depuis le premier jour de l’opération du Hamas « Déluge d’Al-Aqsa », des obus s’abattent quotidiennement de part et d’autre de la frontière libano-israélienne, visant des installations militaires ou civiles. Le Hezbollah, milice chiite libanaise parrainée par l’Iran, a fixé comme ligne rouge une opération terrestre israélienne dans la bande de Gaza. Plusieurs commandos du parti chiite ont déjà traversé la frontière avant d’être tués. Si la réponse de chaque côté reste à l’heure actuelle proportionnée, les Libanais redoutent une escalade incontrôlée qui mènerait à une nouvelle guerre.

Mon père m’a dit que, cette fois, ils ne bougeraient pas de l’appartement si la guerre…

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Auteur: Hugo Lautissier

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