« Au loin la liberté », maintenir le possible



Au loin la liberté. Essai sur Tchekhov / Jacques Rancière / La Fabrique / 115 p. / 13 euros.

Au loin la liberté. C’est le beau titre que Jacques Rancière a donné à son nouvel essai, consacré à Anton Tchekhov (1860-1904). L’auteur du Partage du sensible. Esthétique et politique s’est plus particulièrement penché sur la profusion de récits et nouvelles que l’écrivain russe a laissée à côté de ses célébrissimes pièces de théâtre. « Au loin la liberté » a ici au moins deux significations. La première : la société dans laquelle vivent les hommes et les femmes est faite de contraintes et de soumission.

Bien que le servage ait été aboli en Russie en 1861, « la servitude est encore bien là », écrit Rancière, « elle est d’abord dans les têtes ». « La Russie de Tchekhov n’est pas cet empire d’officiers sadiques […] que la comtesse de Ségur, née Rostopchine, dépeignait pour les jeunes lecteurs du Général Dourakine. Elle est le pays des cerveaux façonnés par la mémoire des coups, reçus ou donnés. » Et incapables de penser la liberté parce qu’elle fait peur.

Il y a un deuxième sens. « Au loin la liberté » serait ce quelque chose qu’on aperçoit, « ces éclairs qui, dans les récits de Tchekhov, trouent le temps de la servitude pour indiquer le lointain d’une autre vie ». Se dessinent ainsi les contours d’« une vie nouvelle », expression que l’on trouve notamment dans le récit La Fiancée et qui avait aussi beaucoup d’écho dans la Russie de ce temps où de nouveaux courants de pensée émancipateurs émergeaient.

Résonances

Mais, étranger au messianisme, Tchekhov décrit la liberté comme un rêve des individus, auquel beaucoup renoncent, non comme une idée qu’il faudrait…

La suite est à lire sur: www.politis.fr
Auteur: Christophe Kantcheff

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