Bergerac (Dordogne), reportage
« J’ai mes légumes verts pour la semaine, du pain, un morceau de fromage aussi. » Myriam, 58 ans, fait l’inventaire de ses courses, attablée au centre du marché : du chou kale, des épinards, quelques oignons nouveaux. Chaque jeudi, jour de marché, cette femme sans emploi est au rendez-vous du marché solidaire de producteurs dans les locaux de l’ancienne Manufacture des tabacs, derrière la gare de Bergerac (Dordogne).
Ce système permet aux clients de payer selon leurs moyens. D’abord couronnée de succès, l’initiative semble approcher ses limites, le nécessaire équilibre entre prix solidaire (plus élevé) et prix accessible (moins cher) n’étant plus atteint.
L’immense friche industrielle où est implanté le marché, occupée depuis 2022 par le tiers-lieu La Traverse, se situe dans le nord de la ville. Cet ensemble regroupe plusieurs quartiers défavorisés (Jean Moulin, La Brunetière), ainsi qu’une zone classée politique de la ville. Ici, en 2024, 35 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté, pour un revenu disponible médian de 1 343 euros par mois — contre 2 147 euros au niveau national en 2023, d’après l’Insee. Le marché solidaire vise justement à rendre accessible une alimentation de qualité aux habitants de ces quartiers grâce au système des trois prix.
« Ça a révolutionné ma vie »
« Tous les producteurs ont une coupelle sur leur stand avec des billes de couleurs, explique Patrick de Naeyer, bénévole très impliqué du marché solidaire. Jaune pour le prix accessible, bleu pour le prix de base, vert pour le prix solidaire. Au moment de payer, le client choisit une bille, la met dans un gobelet pour des raisons d’intimité. Le producteur regarde et applique le tarif correspondant. » Les variations par rapport au tarif de base s’échelonnent de -20 % à +10 %.
« Ça a révolutionné ma vie », témoigne Myriam, qui habite un…
Auteur: Nicolas Beublet

