Dans la bande de Gaza, où le temps étouffe entre deux frappes aériennes, survivre est un miracle. Je suis Shatha, journaliste âgée de 24 ans. Je suis née dans le nord de l’enclave palestinienne. J’ai grandi au rythme des offensives israéliennes et j’ai toujours cru que mon cœur était une forteresse imprenable. Que l’amour est un « luxe » pour lequel mon sac, déjà lourd de soucis et de récits à porter, n’a pas de place. Je pensais que nous appartenions à une génération condamnée à raconter les histoires des autres sans jamais avoir la nôtre.
Mais, comme l’a dit le poète palestinien Mahmoud Darwich : « Que le hasard est beau, lui qui ne connaît pas l’attente. » Et ainsi, un jour qui ne ressemblait pas aux autres journées de reportage, mon destin croisa celui d’Amr. C’était un vendredi. Ce jour-là, en me réveillant, je décide de prendre un jour de repos et de laisser de côté mon carnet de notes pour rendre visite à ma famille dans le camp de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza.
Sur place, comme toujours, les rues sont bondées. Profitant d’un calme relatif, des familles pressent le pas pour trouver de quoi manger. Je décide de changer de chemin et de traverser une ruelle pour éviter d’être bloquée par un convoi d’aide humanitaire. Soudain, un SUV blanc portant le logo du Croissant-Rouge palestinien s’arrête devant moi.
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Un jeune homme en descend, vêtu de son uniforme marqué des insignes de l’association. Avec calme et fermeté, il est là pour coordonner le passage de ce convoi. Dans un instant fugitif, alors que j’essaie de passer sur le côté de la route, nos regards se croisent. Ce n’est pas un simple regard : c’est l’un…
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