Himadou Barkiré n’en peut plus d’attendre. Ses deux téléphones greffés à la main, le transporteur nigérien guette les nouvelles de son camion bloqué depuis deux mois dans le sud du Bénin. Il a encore plu la veille et, en cette saison humide, il s’inquiète pour ses 32 tonnes de sacs de riz. « Tout va pourrir, ce sera 3 millions de francs CFA perdus, l’assurance ne me remboursera pas », se désole-t-il, en comptant ses dettes.
Sur la route qui relie le port de Cotonou à la frontière nigérienne, dans le nord-est du Bénin, un corridor commercial crucial pour ces deux pays d’Afrique de l’Ouest, la file des poids lourds s’allonge depuis le coup d’État au Niger fin juillet. Selon le Syndicat national des transporteurs de marchandises, plus de 6 000 routiers y sont immobilisés à cause du blocus de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). « Ceux qui transportaient des fruits et des légumes ont tout jeté, des cargaisons ont été volées, qui va payer ? » fustige Himadou Barkiré.
Forte dépendance aux routes et aux pays voisins
Fermeture des frontières, suspension des transactions commerciales, produits de première nécessité et électricité compris… Au Niger, l’un des États les plus pauvres au monde, les lourdes sanctions économiques imposées par la Cedeao pour tenter de faire plier la junte étouffent la population. Enclavé dans les terres arides du Sahel, le pays dépend de ses routes pour s’approvisionner en céréales (20 % importées) et en légumes depuis les pays côtiers, le Nigeria et le Bénin.
Au marché de Yantala, à Niamey, les prix s’envolent face à la demande. Dans sa boutique de céréales, les étals de Boubacar Salou diminuent rapidement. « Quelques stocks arrivent du Burkina Faso ou par la fraude du Bénin, mais les grossistes gonflent leurs prix », rapporte le détaillant.
Ici, le maïs et le millet, des céréales beaucoup consommées au…
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Auteur: Sophie Douce, correspondante à Niamey (Niger)

