Comme il est difficile d’être un être humain parmi ses semblables ! Les chorégraphes Sharon Eyal et Mats Ek s’attaquent, chacun à sa manière, à nos faiblesses existentielles. Mais pour les transcender : ici dans l’abstraction du mouvement parfois poussé à l’extrême, là, en confrontant nos interrogations aux objets de notre quotidien.
Pour les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, Sharon Eyal a remanié sa pièce OCD Love (2015). Sous un nouveau titre, Vers la mort, elle commence et s’achève dans la solitude. Aveuglée par un faisceau de lumière crue, une femme repousse les limites du geste et de l’équilibre. Lenteur, cambrure exagérée, extension infinie des bras expriment une soif mais aussi une terreur d’être au monde. Rejointe par un homme défilant avec une solennité indifférente, quasi parodique, puis par sept autres danseurs, l’isolée s’insère dans un collectif sans cesse écartelé entre symétrie et singularité. Et si Vers la mort n’évite pas la répétitivité, soulignée par la musique volontairement irritante du batteur et DJ Ori Lichtik, elle met en majesté le tranchant impeccable et l’énergie concentrée des sujets, coryphées et quadrilles de l’Opéra.
Bidet, fauteuil et autre cuisinière…
L’humour, teinté de nuances sombres ou acides, fait partie intégrante du vocabulaire chorégraphique de Mats Ek, célèbre notamment pour ses relectures de monuments du répertoire tels que Gisèle ou Le Lac des cygnes. Créé en 2000 à l’Opéra de Paris, Appartement orchestre la succession de brèves saynètes autour d’un bidet, d’un fauteuil, d’une cuisinière ou d’une porte… Autant de meubles et accessoires cristallisant les béances mais aussi les béatitudes des relations intimes et sociales, des caresses et des tensions entre hommes et femmes.
Auteur: Emmanuelle Giuliani

