Mértola (Portugal), reportage
C’est un écrin de verdure au milieu de la garrigue portugaise. Les collines entourant Mértola, commune au sud du pays, sont sèches et rocailleuses. Seuls les pins, les fleurs de ciste et quelques eucalyptus semblent en mesure de pousser sur ces terres. L’été, la température peut monter jusqu’à 47 °C. C’est au milieu de ce paysage semi-désertique que se trouvent les 3 hectares de la ferme-jardin de Malhadinha, de l’association Terra Sintropica.
Là, des blettes, des choux, des oignons, du basilic et des épinards poussent au cœur de rangées d’arbres. Des vignes grimpent sur des peupliers, mêlés aux pêchers, abricotiers ou figuiers. À leurs pieds, de la lavande, des roseaux et des fèves. Tout ceci sur un dense couvert de broyats et de compost. Cette culture par strate, socle de l’agriculture syntropique, est appliquée depuis 2019 dans cette ferme. D’après l’association française d’agroforesterie, cette pratique agricole « repose sur une diversité importante de plantes, cultivées à haute densité, dans leurs conditions optimales de lumière et de fertilité. On parle aussi d’agroforesterie successionnelle. »
« L’idée de l’agriculture syntropique est de prendre comme modèle l’écosystème de la forêt tropicale, qui est le plus complexe et le plus productif en biomasse, et de l’appliquer à d’autres écosystèmes, explique Marta Cortegano, l’une des directrices de l’association Terra Sintropica. On travaille avec la nature, on part des ressources existantes pour établir des stratifications et des successions qui coopèrent entre elles », ajoute Antonio Coelho, l’un des cofondateurs de l’association, en charge du maraîchage.
Symbiose de la nature
Le concept d’agriculture syntropique a été inventé et expérimenté au Brésil par l’agronome Ernst Götsch dans les années 1980. Il a démontré que l’on pouvait obtenir de belles productions en consommant peu d’eau, sans apports de fertilisants extérieurs, en suivant ce principe de symbiose entre diverses végétations. Les arbres protègent les légumes lors des fortes chaleurs d’été. Leurs feuilles nourrissent les sols, permettant de conserver un maximum d’humidité et d’alimenter les champignons du broyat.
Mais à l’époque, la technique avait été pensée dans « un climat extrêmement humide, bien différent du climat sec de la Méditerranée », raconte Antonio Coelho, qui n’a pas tout de suite vu l’opportunité. Ce n’est que trois ans plus tard, après avoir rencontré Felipe Pasini, un élève de Ernst Götsch, qu’il a décidé de se lancer et de cofonder l’association avec un groupe d’habitants de Mértola. Felipe Pasini revenait justement du Brésil, et…
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Auteur: Reporterre

