Ce soir-là, c’est à 19 h 58 que la vie de Mostafa Salhane a basculé. Ce 11 décembre 2018, ce chauffeur de taxi est dans le centre de Strasbourg quand, sans rien demander, un homme monte à l’arrière et ferme la portière. « Il m’a dit : “Dépêche-toi de rouler… Ma mère est malade” », raconte, lundi 11 mars à la barre, cet homme à la carrure imposante et à la voix tremblante.
Le chauffeur ne le sait pas encore, mais cet homme « au regard noir » et la main dissimulée sous une « grosse doudoune » vient de commettre un attentat en plein cœur du marché de Noël. Un attentat dont le bilan sera lourd : cinq morts et onze blessés.
« Son arabe était approximatif »
« Je lui ai dit que si sa mère était malade, je pouvais appeler les pompiers ou une ambulance. Mais il m’a dit : “Si je te dis de rouler, tu roules”… », raconte Mostafa Salhane. « Puis il m’a demandé si j’étais arabe. Je lui ai dit oui. On a échangé quelques mots en arabe. Son arabe était approximatif et il s’est remis à parler en français », se souvient le chauffeur qui, alors, confie à l’homme qu’il est marocain et originaire de Casablanca.
Dans la voiture, la tension reste forte. « Il m’a dit : “Je viens de faire un attentat. Je crois que j’ai tué dix personnes. J’ai tiré sur des militaires.” Il me dit aussi qu’il est blessé. Puis il m’a dit : “C’est fini pour toi. On va mourir ensemble.” » À cet instant, Mostafa Salhane se dit que s’il croise une voiture de police, cela va finir en fusillade. « J’ai commencé à faire mes prières. J’ai dit au revoir à mes enfants, à ma femme, à mes parents… »
Au bout d’une quinzaine de minutes, le terroriste lui dit qu’il avait mal à un bras, que le chauffeur découvre ensanglanté. Alors Mostafa Salhane arrête la voiture, lui donne une bouteille d’eau et des mouchoirs pour se « soigner ». Puis le terroriste laisse repartir le chauffeur qui,…
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Auteur: Pierre Bienvault

