De ce policier, on n’entendra que la voix. Pas de nom, ni de visage. C’est de manière anonymisée et en « visio » depuis Strasbourg que témoigne, mercredi 13 mars, ce fonctionnaire présenté avec son matricule RIO 1022845. Mais tout cela n’enlève rien à la force des mots de ce policier qui, deux jours après l’attentat, a « neutralisé » avec deux collègues le terroriste Chérif Chekatt. « Il m’a obligé à faire cela. C’était lui ou moi », confie-t-il, sur un ton très calme.
Ce 13 décembre 2018, tous les effectifs de police sont mobilisés pour retrouver la trace de l’homme qui, deux jours plus tôt, sur le marché de Noël de Strasbourg, a tué cinq personnes et en a blessé onze autres. Des dizaines de fonctionnaires quadrillent une ville en état de siège. Les unités d’élite, le Raid et la BRI, sont sur le pont. En général ce sont ces hommes, très entraînés, qui donnent l’assaut face à des terroristes en fuite. Mais ce soir-là, ce sont trois policiers de sécurité publique, à bord d’une banale Citroën Berlingo qui vont être en première ligne.
Vers 21 heures, la patrouille remarque un individu qui semble vouloir entrer dans un immeuble. Un des policiers remarque qu’il a une parka de la même couleur sombre que celle portée par Chérif Chekatt le soir de l’attentat. « Un autre collègue a dit : tiens, c’est étrange, il a une main dont il ne se sert pas », raconte RIO 1022845. Les trois fonctionnaires savent que Chérif Chekatt est blessé. « On se dit que c’est un peu louche et qu’il faut lever le doute. Mais à ce moment, on est quasi certain que ce n’est pas lui », poursuit le témoin.
« Il ne s’est pas retourné »
La voiture s’arrête à la hauteur de l’homme, immobile et de dos. « On est à 3,50 m de lui environ, la largeur d’un trottoir », raconte le policier qui, comme ses deux collègues, reste à bord du véhicule dont ils ont ouvert la porte coulissante….
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Auteur: Pierre Bienvault

