La carcasse encore fumante gît sur le bord de la route qui mène à l’hôpital Al-Najda de Nabatiyé. On devine que cet amas de métal noirci était un van. Le véhicule a été frappé le matin même par un drone israélien. À son bord, deux hommes qui se rendaient dans un village voisin, dans une zone classée comme interdite sur la carte de l’armée israélienne.
« Comme beaucoup de personnes soumises aux ordres de déplacement, ils n’avaient pas eu le temps de prendre leurs affaires. Ce matin, ils voulaient récupérer leur tracteur. Ils se sont fait frapper sur la route, car ils n’avaient pas le droit d’être là, selon l’armée israélienne », explique Mona Abou Zeib, la directrice de l’établissement hospitalier. Deux heures après l’attaque, c’est elle qui a reçu l’épouse d’une des victimes. « Elle criait et pleurait car elle cherchait le corps de son mari », poursuit-elle. Mais rien n’a été trouvé sur le lieu de la frappe, « même pas un morceau ». Les deux corps ont entièrement brûlé.
Dans le ciel de Nabatiyé, les drones bourdonnent constamment pour traquer les habitants. « Ils regardent les allées et venues, et reviennent pour frapper. Ce sont les méthodes israéliennes maintenant. Ils utilisent les drones pour tout », poursuit Mona Abou Zeib. Depuis plusieurs jours, dans son hôpital, elle prend en charge de plus en plus de victimes d’attaques de drones. D’après le recensement de L’Orient-Le Jour, 45 civils ont été tués dans des frappes de drones israéliens au sud du Liban entre le 5 et le 11 mai, dont plus d’un tiers dans la région de Nabatiyé.
Mona Abou Zeid, la directrice de l’hôpital Al-Najda. (Photo : Alexandra Henry.)
Des secouristes visés
Malgré le cessez-le-feu conclu entre le Liban et Israël, Nabatiyé reste une ville fantôme. La municipalité du sud du Liban est pourtant située hors de la « zone tampon » que…
Auteur: Zeina Kovacs

