Kfar Kila (Liban), reportage
Des maisons éventrées ou calcinées, des arbres déracinés à perte de vue : nous ne sommes pas à Gaza, mais à Kfar Kila, un village libanais dévasté par l’armée israélienne lors de la guerre qui oppose Israël au Hezbollah depuis le 8 octobre 2023. Côté libanais, il ne reste que des débris : selon le maire Hassan Chit, rencontré par Reporterre au milieu des décombres, absolument tous les bâtiments de la ville ont été détruits ou endommagés.
Même les vergers colorés, la ferme de vers de terre et les oliviers de Hadi Awada ont disparu. « Ils ont démoli nos terres agricoles et notre maison familiale avec des bulldozers, explique-t-il au téléphone à Reporterre. Les arbres ont été soit déracinés, soit incendiés par du phosphore blanc. »
Jeune agriculteur bio, Hadi aimerait retourner sur ses terres. Bien que l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah devrait lui permettre de le faire, il vit actuellement chez des amis dans des villes aux alentours. Lors de sa tentative de retour, des soldats israéliens ont tiré dans la foule, tuant quatre personnes, dont une femme et un enfant.
Le retrait de l’armée israélienne s’est fait mi-février, mais il n’a pas pu rebâtir sa vie. « Ils veulent nous interdire de revenir : je n’ai dormi qu’une seule nuit là-bas, dans ma tente. Depuis, je ressens une grande tristesse et suis fatigué de cette situation. C’est dur, nous sommes livrés à nous-mêmes et à tout instant, ils peuvent nous tirer dessus », confie-t-il.
« Rompre le lien des habitants à leur environnement »
La vie des 3 000 habitants de Kfar Kila, dont une poignée seulement est de retour dans le village, dépend ainsi de la volonté de l’armée israélienne. Cette dernière a violé le cessez-le-feu plus de 1 500 fois selon les autorités libanaises, bombardant des…
Auteur: Philippe Pernot

