N’Djamena (Tchad), reportage
Difficile de passer plus de quelques minutes avec Salzabo Dimougna sans que son portable vibre du fond de sa poche. « Assalam aleykoum, je suis au quartier Sokolo, il faut venir colmater ici, ça risque de déborder », dit un interlocuteur à 9 h 32. « Au carré 38, on manque de terre, chef Salzabo il faut venir vite ! » dit un autre quatre minutes plus tard. Et ainsi de suite toute la matinée.
Dans le sud de N’Djamena, capitale du Tchad qui fait face à sa crue la plus haute depuis plus de soixante ans, les jeunes des quartiers concernés se retroussent les manches et Salzabo Dimougna, l’un de leurs coordinateurs, ne dort quasiment plus. « On est les guerriers de l’eau, on fait ce qu’on peut pour atténuer la catastrophe qui touche N’Djamena », dit d’emblée, après avoir raccroché du dernier appel, l’homme de 36 ans.
Chaque jour, turban sur la tête, il sillonne à moto avec ses équipes les quartiers menacés pour aller combler les trous des digues construites et distribuer de la nourriture, parfois quelques billets pour soulager les bénévoles, à ses jeunes à pied d’œuvre.
La région du Sahel vit depuis deux mois au rythme des pluies diluviennes, et désormais des inondations fluviales qui en découlent une fois que les eaux du ciel se sont déversées dans les différents fleuves.
La période est extraordinaire, disent toutes les personnes interrogées ; elle est une combinaison d’une accélération des cycles hydrologiques, de l’augmentation mondiale des températures et du phénomène El Niña. Les capitales de toute la région ont les pieds dans l’eau. Au Tchad, les inondations ont déjà fait 576 morts.
N’Djamena, où la croissance démographique est massive et l’urbanisation anarchique, est aux confluences de deux fleuves majeurs du bassin du lac Tchad, le Logone et le Chari. Ils se marient au niveau de la capitale avant d’aller se jeter dans le lac à une centaine…
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