Le travail de plate-forme est souvent associé à la notion d’autonomie. Mais de quoi parle-t-on quand on évoque l’autonomie ? Cette notion est plus complexe qu’il n’y paraît. Il convient donc de la manier avec précaution en tenant compte d’au moins trois dimensions contenues dans ce terme.
L’économie des petits boulots, ou « gig economy », est en pleine expansion. Depuis le début des années 2000, le nombre de professionnels indépendants a augmenté de manière considérable dans la plupart des pays européens. Selon Leighton et McKeown (2015), ils représenteraient désormais plus de 5% de l’emploi total dans la plupart des pays européens. Leur croissance a été exponentielle depuis la crise sanitaire. Ces formes de travail « atypique » -notamment par rapport au salariat- concernent aussi bien les consultants que les formateurs, les designers ou les créatifs, ou encore les livreurs et les chauffeurs de VTC.
Toutes remettent en question les cadres traditionnels prévalant dans le monde du travail. En effet, les mécanismes de contrôle bureaucratique classiques sont difficiles à appliquer dans ce contexte où les relations de travail sont volatiles et où les notions d’autonomie et d’indépendance prennent des formes nouvelles et complexes.
Autonomie vs Indépendance
Il est essentiel de distinguer autonomie et indépendance. Alors que l’indépendance se réfère à un statut légal, qui s’éloigne de la relation d’emploi traditionnelle (on parle de travailleur indépendant), l’autonomie au travail se définit par la capacité de réguler soi-même son travail.
En principe, les indépendants jouissent d’un statut qui leur permet de choisir leurs missions et leurs clients, ce qui leur confère une grande liberté dans la gestion de leurs partenaires de travail: il n’y a en effet pas de lien juridique de subordination. Ils sont aussi susceptibles de déterminer le contenu de leurs tâches, adaptant leurs missions à…
Auteur: François Pichault, Professeur titulaire à HEC Liège , Université de Liège

