Personne ne s’attendait vraiment à une défaite d’une telle ampleur des républicains. Quels ont été les ressorts de cette répudiation ?
Tristan Cabello : Les raisons sont profondes et finalement pas si surprenantes. Quand on regarde les données électorales, sociologiques et démographiques, on se dit que les Etats-Unis auraient déjà dû basculer beaucoup plus nettement du côté démocrate et progressiste [ces données disent que l’électorat est majoritairement favorable aux propositions progressistes en économie – augmentation du salaire minimum, taxation des plus riches, intervention de l’Etat, système de santé public – comme sociétales – droit à l’avortement, régularisation des sans-papiers, légalisation de la marijuana, ndlr].
Tristan Cabello est professeur d’Histoire à l’Université Johns-Hopkins. Il vit à Harlem (New York).
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A chaque élection, on nous annonce que le Texas va devenir démocrate, et finalement, ça ne se produit jamais. Cette fois, c’est un peu comme si les résultats électoraux avaient enfin rattrapé les grandes transformations de la société américaine. Évidemment, la démographie et le sociologie ne font pas tout, mais il y avait depuis longtemps un potentiel électoral que les démocrates n’arrivaient pas à mobiliser.
Cette défaite signifie-t-elle que la large coalition « multiraciale » (au sens américain) de Donald Trump, en capacité d’attirer un électorat latino et afro-américain, en particulier masculin, n’était qu’un mirage ?
Il faut quand même relativiser : en 2024, environ 80 % de ses électeurs étaient blancs. On a beaucoup parlé de la diversification de son électorat, mais la coalition démocrate a toujours été beaucoup plus diverse. Ce qu’on a vu en 2024, c’est surtout que certains groupes d’électeurs s’étaient éloignés des démocrates. Aujourd’hui, une partie revient, et d’autres rejoignent les démocrates. Je pense…
Auteur: Christophe Deroubaix
