Avant l'écoféminisme, Suzanne Césaire tissait déjà le lien entre colonisation et destruction du vivant

« Toujours et partout, dans les moindres représentations, primat de la plante, la plante piétinée mais vivace, morte, mais renaissante, la plante libre, silencieuse et fière. »

Lorsque Suzanne Césaire trace ces lignes de l’article « Malaise d’une civilisation », publié en 1942 dans la revue littéraire Tropiques, la Martinique vit à l’heure coloniale, placée sous le régime de Vichy. Sous sa plume, l’identité martiniquaise se dessine sous les traits d’un « homme-plante », d’un paysan aux orteils enracinés dans la terre, une terre qui ne lui appartient toujours pas, mais qui est pourtant bien la sienne.

Institutrice à Fort-de-France, mère de six enfants, Suzanne Césaire a alors 27 ans. Comme son mari, Aimé Césaire, qu’elle a rencontré lors de ses études de lettres à Paris, elle participe à l’effervescence intellectuelle qui secoue les Antilles, en cofondant la revue littéraire Tropiques avec leurs confrères instituteurs René Ménil, Aristide Maugée et Lucie Thésée en 1939.

Réponse digne et virulente à la censure vichyste

De Suzanne Césaire, née Roussi en 1915 en Martinique, peu de choses nous sont parvenues, si ce n’est ses sept articles publiés dans Tropiques entre 1941 et 1945, et les souvenirs de ceux qui l’ont connue, notamment sa fille, la dramaturge Ina Césaire. Elle s’exprimait, quelques mois avant sa disparition, dans un documentaire consacré à la vie de sa mère, diffusé sur France Culture en 2025.

En 1943, la voix de Suzanne Césaire s’est fait entendre à travers la réponse digne et virulente qu’elle a adressée, en son nom et en celui des coéditeurs de la revue, au lieutenant Bayle, chef de la censure vichyste. Ce dernier, estimant que la revue Tropiques était « révolutionnaire, raciale et sectaire », en avait décidé l’interdiction.

« Aucune de ces épithètes ne nous répugne essentiellement, lui répondait-elle. “Ingrats et traîtres à notre si…

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Auteur: Sarah Bos

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