Le ventre mou de notre souveraineté alimentaire
On parle beaucoup de dépendance énergétique. On parle moins de dépendance aux engrais. Pourtant, les deux sont intimement liées — et c’est précisément là que le bât blesse.
Alors que les frappes militaires autour de l’Iran alimentent l’inquiétude sur les marchés mondiaux, Sébastien Roumegous observe la situation avec une attention particulière. Il est ingénieur agronome et fondateur de Biosphères, une structure qui accompagne agriculteurs et entreprises dans une transition vers l’agriculture régénératrice dans 22 pays.
Depuis quinze ans qu’il travaille sur les systèmes agricoles, il scrute les interdépendances que la plupart des décideurs politiques sous-estiment encore. Et ce qu’il voit aujourd’hui l’inquiète.
« Le détroit d’Ormuz est un point stratégique pour les marchés des fertilisants », rappelle-t-il pour La Relève et La Peste. «Une part importante des exportations d’urée, d’ammoniac et de soufre en provenance du golfe Persique transite par ce passage maritime.»
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près d’un tiers des exportations mondiales d’urée et près de la moitié des flux de soufre passent par ce couloir maritime de 33 kilomètres de large.
Un effet domino redoutablement rapide
Dès que la zone se tend, les assurances maritimes s’envolent, certains navires évitent la région, et les coûts logistiques suivent. Ce que l’on ne mesure pas toujours, c’est la rapidité de la transmission aux marchés agricoles.
« L’impact est particulièrement rapide sur les engrais azotés, car leur production dépend fortement du gaz naturel, qui représente 70 à 80 % du coût de fabrication de l’ammoniac », explique Sébastien Roumegous. « Dès que les marchés énergétiques se tendent, les prix des engrais suivent. »
Des hausses significatives sont déjà observées sur certains marchés internationaux de l’ammoniac et de…
Auteur: Isabelle Vauconsant

