Veste orange bien visible sur le dos, grand sourire, Anasse Kazib interpellait les voyageurs de passage à la Gare du Nord (Paris), le 3 novembre, en leur tendant des tracts. « C’est pour la grève de jeudi ! » expliquait-il aux perplexes. Sur le flyer, un slogan : « Le 5 novembre, toutes et tous en grève ! » Partout en France, l’intersyndicale a appelé les travailleuses et travailleurs à débrayer ce jour-là.
Anasse Kazib, cheminot et délégué syndical à Sud-Rail, est également candidat à l’élection présidentielle pour le parti d’extrême gauche Révolution permanente. Face au mouvement social actuel, il défend la grève comme mode d’action pour « paralyser l’économie », « toucher au portefeuille le grand patronat » et « construire les bases d’un pouvoir indépendant des travailleurs ». Il estime que c’est uniquement grâce à l’auto-organisation des citoyens et en « reprenant le pouvoir par en bas » que des avancées sociales pourront être obtenues.
Reporterre — Depuis plusieurs semaines, les lycéens se mobilisent devant leurs établissements pour réclamer de meilleures conditions d’études. Les manifestations des Gilets jaunes contre la vie chère ont également fait leur retour dans les rues, les 17, 24 et 31 octobre. Quelle différence y a-t-il entre ces modes d’actions et l’appel à la grève nationale du 5 novembre ?
Anasse Kazib — L’appel à la grève, c’est l’entrée dans la danse du mouvement ouvrier. Pour moi, c’est « un game changer » dans l’ensemble des mouvements sociaux. En mai 68, les facs étaient occupées, il y avait même des affrontements très violents dans le Quartier latin, notamment lors de la fameuse « nuit des barricades » le 10 mai.
Mais le vrai changement s’est produit lorsque 10 millions de grévistes sont entrés en scène et ont fait quelque chose que, malheureusement, la jeunesse ne peut pas : paralyser…
Auteur: Justine Guitton-Boussion
