Avec la pandémie, prenons nos rêves au sérieux

Il est beaucoup question de rêves depuis le début de la pandémie. Ou peut-être cette impression est-elle simplement liée au fait que je me suis moi-même davantage penchée sur le sujet ; des recherches m’ont menée ces derniers mois sur les pistes de la folie et du rêve, et de la frontière parfois ténue entre les deux. Et comme chaque fois qu’un projet d’écriture commence à me happer, il semble aimanter tout ce que je lis, entends, vois. Comme si le monde entier soudain ne faisait que me ramener à mon sujet ; c’est un phénomène assez courant je crois d’égocentrisme littéraire. Il n’en reste pas moins étourdissant. Un tourbillon d’heureuses coïncidences, parfois franchement inouïes, qui s’explique sûrement par des biais cognitifs évidents, mais qu’on a envie de continuer de trouver magique.

Parmi les nombreux travaux menés, je suis ainsi tombée à plusieurs reprises sur ceux de l’historien Hervé Mazurel et du sociologue Bernard Lahire. Chacun à sa manière, ils explorent les liens entre nos rêves et le monde social ou hérité dans lequel nous vivons. Sortir d’une construction purement individuelle ou freudienne de nos rêves est une manière de rapporter les questions de rapports de force et de domination dans notre champ de vision. C’est la même logique qui s’applique en écologie politique quand, revisitant le matérialisme historique et les effets des conditions matérielles d’existence sur la formation d’une conscience politique, on inclut dans l’analyse de la situation la culpabilité du système et des institutions, au-delà des responsabilités individuelles.

Les études sur l’écoanxiété croisent elles aussi trajectoires individuelles et matérialité du monde réel. La prise en compte sociale est une nécessité qui s’impose en définitive à tous les domaines. Du moins à gauche de l’échiquier politique, gauche que l’on peine toujours à définir, mais dont c’est sans doute un des marqueurs les plus profonds. Celui qui exige que l’on prenne en compte le contexte social d’un prévenu au tribunal, que l’on ne s’arrête pas au mérite et à l’idée simpliste d’égalité des chances, que l’on réfute le sinistre napoléonien « quand on veut on peut, quand on peut on doit » et autres formules erronées visant à dénoncer l’assistanat.

« Le rêve », de Victor Hugo (1866). Paris Musées/CCØ 1.0 Universal

Délire accepté

Les rêves, les troubles psychiques, le monde carcéral ont en commun d’être autant de révélateurs des marges de la…

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Auteur: Corinne Morel Darleux Reporterre

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