Romain Huret est historien et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il a publié Katrina, 2005 — L’ouragan, l’État et les pauvres aux États-Unis (éd. EHESS, 2010) et coréalisé le documentaire Climats une guerre américaine.
Reporterre — Les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué un tournant majeur dans l’histoire de nos sociétés, tant sur le plan géopolitique que sécuritaire. Cet événement a-t-il eu aussi des répercussions environnementales ?
Romain Huret — Oui, complètement. Le 11 septembre est une date structurante pour comprendre l’histoire environnementale des États-Unis. Il y a eu un avant et un après. Avec les attentats, le pays a basculé dans la « guerre contre la terreur » (War on Terror) et cet événement traumatique a ouvert un cycle de vingt ans pendant lequel les questions environnementales ont été marginalisées. Elles sont passées à l’arrière-plan au profit de la lutte contre le terrorisme et pour la sécurité nationale.
C’est d’autant plus frappant que l’élection de 2000, juste avant les attentats, s’étaient jouée sur des enjeux environnementaux. Ces questions se trouvaient alors au cœur de la vie politique américaine. C’était le clivage principal entre les démocrates et les républicains, entre Al Gore et son opposant George W. Bush. Sur le reste, à l’époque, il existait un quasi-consensus que cela soit en matière de politique étrangère, de politique économique ou de choix sociaux… Les États-Unis fêtaient la victoire de la Guerre froide, le pays était prospère, les Américains baignaient dans une forme d’optimisme béat. On parlait de « fin de l’histoire ». Mais sur l’écologie, la fracture restait importante. Les candidats s’étripaient violemment. G W. Bush refusait toute forme d’interventionnisme alors qu’Al Gore y était favorable, il souhaitait réguler l’industrie pétrolière et développer une économie verte. Dix mois plus tard, à partir du 11 septembre, ces débats se sont éclipsés. Les États-Unis ont basculé dans une ère marquée par la destruction, la violence et la sidération.
L’écologie a donc été évacuée du débat public ?
Disons que l’écologie n’était plus considérée comme prioritaire. Le 11 septembre a cassé une dynamique militante et politique. Cet événement a aussi eu plusieurs conséquences environnementales très concrètes. D’abord, les attentats ont renforcé la volonté d’indépendance énergétique du pays. Les grands…
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Auteur: Gaspard d’Allens (Reporterre) Reporterre
