Une boîte de mouchoirs passe de main en main. Elle vient au secours de quelques reniflements et du mascara en train de couler. Une centaine de proches et d’amis se serrent debout dans les allées entre les rayons de la librairie. D’autres sont assis sur les chaises pliantes tournées vers l’arrière-boutique. Une arche de fleurs violettes décore le mur du fond.
« Si on veut survivre, on doit se préparer à se voir les uns les autres, à partager nos peurs, nos douleurs et, oui, aussi notre joie. C’est d’elle qu’il est question aujourd’hui. » Dans un costume assorti aux fleurs, Errol Anderson, un homme transgenre, responsable de l’association LGBTQ+ rattachée à la librairie, officie la cérémonie. Il est entouré de dix couples. Il marque une pause. Les enjoint de se parler. Les paires échangent des murmures. Puis Errol les invite à se passer la bague au doigt. Applaudissements et liesse dans l’assistance.
Beaucoup ont peur, dans une ambiance de malheur et d’obscurité, et se demandent que faire.
Errol
Ce dimanche 19 janvier, la librairie LGBTQ+ et féministe Charis Books & More, à Decatur en Géorgie, organise un « mariage de masse pour le peuple ». Le lendemain, Donald Trump doit prêter serment pour devenir le 47e président des États-Unis. « Beaucoup ont peur, dans une ambiance de malheur et d’obscurité, et se demandent que faire. Je voulais qu’ils se rappellent qu’on peut être pragmatique et utiliser les outils de l’État », dit le quadragénaire, crâne dégarni et barbe rousse, le regard abrité par des lunettes à grosses montures.
Il poursuit en expliquant qu’en plus de l’amour qu’il vient sceller le mariage est un outil pour se protéger. Le retour à la Maison Blanche du milliardaire inquiète en effet : il a promis de s’attaquer à « la folie transgenre » ; lors de son mandat précédent, il a provoqué, en…
Auteur: Edward Maille

