Jeanne Guien, docteure en philosophie et chercheuse indépendante, a publié en mars 2025 Le désir de nouveautés (éd. La Découverte). Spécialiste de l’histoire du consumérisme et des questions relatives aux déchets, elle est aussi l’autrice de Le consumérisme à travers ses objets (2021) et Une histoire des produits menstruels (2023) (éd. Divergences).
Vous vous en souvenez ? En mars 2023, Élisabeth Borne avait annoncé à la télévision que les protections menstruelles réutilisables allaient être remboursées pour les moins de 26 ans : il suffirait de se présenter en pharmacie avec sa carte Vitale pour obtenir ces produits essentiels gratuitement. À l’époque, elle avait annoncé cette mesure pour « l’année prochaine », soit pour 2024.
Après quoi, le plus grand flou s’était installé : des publications gouvernementales avaient indiqué une entrée en vigueur « courant 2024 », tandis que des supports de professionnelles du secteur (mutuelles, forum Ameli) prévoyaient septembre de la même année.
Depuis, silence : nous voici fin 2025, et rien n’a été fait. Nous continuons, avant et après 26 ans, à acquérir serviettes, tampons, culottes menstruelles ou coupes dans les magasins, avec notre argent. Si la TVA de certains produits menstruels est passée à 5,5 % en 2016, cela reste des produits payants, à acquérir sur le marché, au prix de difficultés pour beaucoup.
4 millions de personnes en précarité menstruelle
À cela s’ajoutent de nombreuses autres dépenses liées à la vie menstruelle : antalgiques, contraception, consultations avec dépassement d’honoraires, linge… Le budget qu’une personne menstruée consacre à ses règles est difficile à calculer, tant ces besoins varient en fonction des personnes, des moments de la vie et des moyens financiers. Si on se concentre sur les absorbants périodiques, on parvient aux chiffres de 100 à 150 euros par personne et par an. En…
Auteur: Jeanne Guien

