À l’évocation de son nom, tout le monde pense à sa voix grave, solennelle, intense, froide aussi, prononçant du haut du « perchoir » du Palais Bourbon : « J’ai l’honneur, au nom du gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée nationale, l’abolition de la peine de mort en France ». C’était là, sans aucun doute, l’aboutissement pour lui du combat de toute une vie. Au bout de près d’une heure et demi d’un discours historique, magistral, il concluait à l’adresse des députés (de la nouvelle Assemblée, tout juste élue au lendemain de la victoire de François Mitterrand le 10 mai 1981) : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. »
Robert Badinter avait en horreur l’injustice – et plus encore la délation. Il est né à Paris en 1928 dans une famille juive originaire de Bessarabie, région aux confins de l’Ukraine à l’est de la Moldavie, où son père rêvait déjà là-bas, en lisant Hugo et Zola, de la France républicaine où les pogroms n’avaient pas cours, avant d’y immigrer au lendemain de la Première guerre mondiale. Il en fut néanmoins déporté au centre de mise à mort de Sobibor – d’où il ne revint pas – après son arrestation par la Gestapo de Lyon commandée par Klaus Barbie ; son fils Robert qui l’accompagnait, âgé de quinze ans, échappait de justesse au même sort en parvenant ce jour-là à s’enfuir.
Sur le même sujet : Panthéoniser Robert Badinter, sans piétiner sa lutte pour l’État de droit
Les écrits de ces grands écrivains français guideront toute la vie, la soif d’égalité et de justice sociale, du futur garde des Sceaux de François Mitterrand – qui fera incarcérer l’ancien « boucher de Lyon » à la prison de Montluc, là…
Auteur: Olivier Doubre

