Difficile de croire que les « blue notes » du jazz aient été des armes de propagande américaine, et pourtant elles ont joué un rôle actif dans la chute du gouvernement congolais indépendant de Patrice Lumumba. En mêlant la puissance de cette musique profondément politique avec celle d’images d’archives d’époque, Johan Grimonprez réalise un documentaire coup-de-poing sur l’indépendance déçue du Congo.
Le jazz comme couverture pour assassiner un chef d’État
Sans compromis, à l’image du solo de Max Roach qui a inspiré le propos du film, Bande-son pour un coup d’État s’empare de l’une des pages les plus sombres de l’histoire du Congo. Dans les années 1960, alors que la guerre froide bat son plein, les États « non alignés » voient en l’indépendance de la Guinée, du Ghana et du Congo l’occasion de porter eux-mêmes leurs histoires et leurs voix.
En s’émancipant, ces pays deviennent pour l’URSS et les États-Unis d’Amérique une aubaine, propice à leur conquête idéologique, mais aussi une menace pour l’empire belge, qui s’enrichit grâce aux mines congolaises. C’est alors que s’entame une partie d’échecs diplomatique d’envergure. Avec, au centre de l’échiquier, la figure de Patrice Lumumba, le charismatique premier ministre du Congo nouvellement indépendant, qui sera assassiné avec deux de ses camarades le 17 janvier 1961.
L’ombre persistante de l’indépendance volée
Dans la dernière partie de son film, Johan Grimonprez ne manque pas de relier cette indépendance volée il y a soixante-cinq ans au sort actuel du pays, toujours déchiré par la guerre civile, à travers des images des atrocités qui frappent le Congo.
L’intégration de passages de Mon pays, l’Afrique de l’écrivaine et activiste centrafricaine Andrée Blouin ou de To Katanga and Back de l’ancien ambassadeur irlandais Conor Cruise O’Brien, des lectures de Congo…
Auteur: Mathis Dussaut-Hayard
