La proposition d’annulation de la part de dette publique détenue par la Banque centrale européenne a soulevé un tollé chez ceux qui ont organisé ou soutenu la dérive des dépenses publiques en raréfiant les recettes publiques. Leur argumentaire frôle l’indigence (1), mais c’est l’occasion de réfléchir plus avant. Pour deux raisons. Parce que le monde est sous la menace d’une nouvelle crise financière.
L’amoncellement des dettes privées dépasse celui des dettes publiques, notamment sous l’impulsion du private credit (dit aussi banque de l’ombre), donc hors banques et sans régulation. Les géants de la tech se ruent sur le marché obligataire pour emprunter des centaines de milliards de dollars et investir en intelligence artificielle, data centers et puces.
Ils captent une grosse part du stock d’épargne mondiale et contribuent à la hausse des taux d’intérêt dont pâtissent en premier les États emprunteurs. Et que font les banques centrales ? Elles augmentent leurs taux directeurs, rétrécissent leur bilan en n’achetant plus de titres publics sur le marché secondaire, au nom d’une prétendue lutte contre l’inflation, alors que celle-ci n’a ni cause monétaire ni cause de hausse de salaires, mais provient de chocs réels : les guerres, la raréfaction des ressources mises à mal par le productivisme, dans un contexte de changement du climat.
La Banque centrale européenne (BCE) ne fait rien contre la spéculation qui monte sur certains titres publics, dont les français.
Les banques centrales sont tellement à contre-emploi de la stabilité financière que le Trésor états-unien rachète ses propres obligations pour éviter que la hausse des taux d’intérêt n’accroisse encore la dépréciation obligataire. Pendant que la Réserve fédérale et la Banque du Japon soutiennent de concert le yen sur le marché des changes pour éviter que les détenteurs…
Auteur: Jean-Marie Harribey
