Bardella, l’antisémitisme et Israël

Aux prises avec les révélations de Mediapart, qui ont mis au jour un florilège de propos antisémites, Jordan Bardella a reçu un soutien que seuls les naïfs, vrais ou faux, jugeront inattendu. Celui, très officiel, d’Israël. C’est le ministre « de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme » (sic), Amichai Chikli, qui s’y est collé : « Personne, a-t-il écrit sur X, ne me convaincra que Jordan Bardella déteste le peuple juif ou l’État juif. » Toute la propagande israélienne réside dans ce discret glissement sémantique. Israël serait « l’État juif », et quiconque l’attaque ou le critique serait antisémite. Et, inversement, qui le défend mérite le brevet que lui décerne sans barguigner Chikli. Mais que vaut ce quitus moral accordé par un ministre du gouvernement Netanyahou, ami et collègue des fascistes Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich ?

Ce n’était pas Bardella qui cessait d’être antisémite, mais le gouvernement israélien qui, à bien des égards, l’était devenu, à force de cynisme.

En nous disant sa « vérité » sur Bardella, Chikli nous dit surtout la vérité du rapport qu’entretient son gouvernement avec l’antisémitisme, et avec les juifs de la diaspora, qu’il veut réduire à une armée de réserve chargée de la propagande dans les opinions occidentales. Lorsqu’en mars 2025 Bardella avait été invité par le gouvernement israélien à participer à Jérusalem à une conférence « contre l’antisémitisme », une bonne partie de la presse française avait analysé l’événement comme une sorte de consécration pour le RN et l’aboutissement de sa dédiabolisation. Rares étaient ceux (nous en étions) qui remettaient en cause la légitimité du donneur de brevet. C’était pourtant à nos yeux une évidence : ce n’était pas Bardella qui cessait d’être antisémite, mais le gouvernement israélien qui, à bien des…

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Auteur: Denis Sieffert