Rennes (Ille-et-Vilaine), reportage
« Si on bloque pas, on n’arrivera à rien. C’est notre dernier recours ! » s’exclame Henri, un infirmier psychiatrique syndiqué à SUD Santé Sociaux. Il est à peine 6 h, et le quarantenaire est l’un des premiers arrivés au lieu de rendez-vous.
Dans quelques heures, il devra prendre son poste à l’hôpital Guillaume Régnier, mais pour l’instant, il est déterminé à participer au blocage, le deuxième de sa vie. « Possible qu’on arrive en retard au travail », lâche-t-il en jetant un coup d’œil à sa collègue, qui rétorque : « Moi, j’ai prévenu personne que j’étais ici, sauf mon mari quand même, histoire qu’il sache pourquoi je quitte le lit à 4 h du matin… »
Le petit groupe est soudain rejoint par une flopée de jeunes qui sortent de la station de métro La Poterie. La plupart sont encagoulés, d’autres portent des masques et des lunettes de piscine pour se protéger des gaz lacrymogènes. Malgré tout leur attirail, on reconnaît les visages des membres de la Maison du Peuple (MDP) : une organisation autonome de lutte contre la réforme des retraites.
Multiples blocages pour rocade à l’arrêt
C’est elle qui coordonne les différents blocages à Rennes ce lundi matin. Objectif : stopper la circulation sur la rocade rennaise, pour empêcher les entrées et les livraisons. À la Poterie, environ 200 personnes ont répondu à l’appel de la MDP : des étudiants, mais aussi des travailleurs et travailleuses, et des syndicats, comme la CFDT cheminots.
Vers 6 h 15, les opposants se scindent en plusieurs groupes pour bloquer chacune des entrées du rond-point à l’aide de barricades faites de poubelles, de branchages et de palettes. En moins de cinq minutes, les voitures et les camions s’entassent, et bientôt d’immenses files lumineuses s’étirent sur plusieurs kilomètres autour du giratoire.
Pour mettre un peu d’ambiance, une DJ au look punk balance du son, et des torches rouges éclairent la nuit. Il y a même une distribution de café et de pains au chocolat : « Ça réchauffe », sourit Anouk, un gobelet à la main.
Étudiante en troisième année de médecine, cette femme de vingt ans a rejoint la lutte il y a peu : « J’ai fait mes premières manifs en janvier, au début du mouvement contre la réforme des retraites. » Depuis, elle participe toutes les semaines aux manifestations. « J’ai eu le déclic quand j’ai compris tout ce que Macron est en train de démanteler : d’abord les services publics et maintenant nos retraites. »
« C’est plus important d’avoir des droits que des bons résultats ! »
Future médecin urgentiste, elle se sent particulièrement concernée par « la casse de notre système…
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Auteur: Reporterre

