« Barricades ». C’est certainement l’un des mots qui a été répété en boucle à l’hiver 2018, au fil des directs et des journaux télévisés sur les chaînes d’infos pour commenter les manifestations du mouvement des Gilets Jaunes. Teinté de mépris pour la révolte populaire, le commentaire oublie que les barricades ont été l’un des piliers de la construction de nos régimes contemporains, rappelle Léa Tourret, autrice de Sur les Barricades, paru aux éditions Le Laboratoire Existentiel. Mr Mondialisation revient sur le sujet de cette interview, toujours autant d’actualité.
[Article paru le 7 décembre 2018, mis à jour le 22 octobre 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 9min]
Mr Mondialisation : Les barricades traversent les âges et les peuples. Trouve-t-on des points communs à toutes les barricades, quels que soient le temps et le lieu ?
Léa Tourret : « Toutes les barricades apparaissent singulières, car leurs matériaux divergent. Quand on regarde leur forme, on doit bien admettre qu’elles semblent toutes uniques, soumises à l’aléatoire empilement de choses diverses.
Ce qui fait leur point commun, c’est donc plutôt un geste. Celui de réunir dans l’urgence des matériaux, objets, ou autres afin de bloquer ou de ralentir l’arrivée des forces de l’ordre. Puisqu’on fait des barricades avec ce que l’on a sous la main, en suivant les modalités de l’espace qui nous entoure, on peut donc considérer que ce qui rassemble toutes les barricades et fait leur point commun serait une forme de captation immédiate d’un présent, et d’un détournement de ce qui est là, au profit d’un réaménagement apparemment éphémère de l’espace.
Mais cette captation immédiate du présent, c’est également une critique. Lorsqu’on utilise ce qu’on a sous la main pour le détourner de sa fonction initiale et dresser une barricade, c’est aussi une manière de montrer que l’on n’est pas d’accord avec ce…
Auteur: Mr Mondialisation
