Simplification à outrance, répétition et déclinaison sur tous les formats, exagération et extrapolation… Vis-à-vis des sciences sociales, l’attitude des grands médias passe d’un extrême à l’autre : soit le dédain et l’indifférence la plus absolue – le cas le plus fréquent ; soit le matraquage simplificateur et acritique jusqu’à indigestion – le cas qui nous occupe aujourd’hui. Dans les deux configurations, le savoir critique n’existe pas.
La note que les grands médias ont adorée
Le 30 janvier 2026, le CEPREMAP, un laboratoire de recherche en science économique, publie une note du chercheur Hugo Subtil : « Quand les bars-tabacs ferment. L’érosion du lien social local et la progression du vote d’extrême droite en France ». Le succès de cette courte note de recherche (8 pages) est immédiat : Le Monde, Libération, Le Figaro, France 2, France 24, France Inter, France Culture, Le Point, Le Nouvel Obs, Public Sénat, BFM-TV, mais aussi la fachosphère, de CNews à Boulevard Voltaire en passant par Valeurs actuelles… Entre le 2 et le 3 février, la quasi-totalité du spectre médiatique français produit à peu de choses près le même article : « La disparition des bars-tabacs, lieux de sociabilité, nourrit la progression du vote RN, selon une étude » (Le Monde, 02/02).
La floraison éditoriale est spectaculaire. Le 3 février, « l’étude » d’Hugo Subtil est par exemple le sujet de l’édito politique de Patrick Cohen sur France Inter : « Le grand mérite de l’étude signée Hugo Subtil est […] d’avoir montré un lien [entre la fermeture des bars-tabacs et le vote RN], mais aussi que la corrélation marche dans les deux sens : les ouvertures de cafés sont associées à une baisse du vote d’extrême droite ! » Pour Anne Saurat-Dubois sur BFM-TV (03/02), « l’étude » constitue même le « fait politique » du jour, qui inspire également à…
Auteur: Jérémie Younes
