Brownsville, Boca Chica et Floresville (États-Unis), reportage
Sa parole est rare et sacrée, son appel résonne comme un cri du cœur : « Ils détruisent et polluent tout et ils appellent ça le progrès. » Le visage dur et marqué — légèrement tanné par le soleil, le chef de la tribu des Carizzo/Comecrudo, Juan Mancias, tente de contenir sa colère face à l’empoisonnement de la vallée du Bas-Rio Grande, dans le sud du Texas (États-Unis).
À 500 kilomètres de cet environnement encore préservé, le contraste est saisissant. Aux abords de la plage de Boca Chica, mince bande côtière coincée entre les États-Unis et le Mexique, SpaceX a érigé ses fusées Starship au cœur même de la réserve naturelle de la vallée du Bas-Rio Grande, l’un des écosystèmes les plus riches et les plus fragiles du continent.
« Ils croient aller sur Mars. Nous, on essaye simplement de rester sur Terre », dit Juan Mancias. Il qualifie Elon Musk de « prédateur de la nature ». Le milliardaire d’extrême droite est persuadé d’atteindre Mars dès fin 2026.
Une cinquième et dernière fusée en 2025 devrait décoller, dans la nuit de lundi à mardi (1 h 15, heure de Paris). C’est ici, au milieu des marais salés et des dunes, que s’étend désormais l’un des sites les plus industrialisés du sud du Texas.
« On nous a volé notre territoire, et maintenant, on nous vole même le ciel »
Avant d’être le terrain de jeu du milliardaire, cette plage était un sanctuaire pour la faune et le lieu de naissance de la tribu des Carizzo/Comecrudo. « On nous a volé notre territoire, et maintenant, on nous vole même le ciel », déplore le chef de la tribu. Les autochtones ont d’abord été chassés de Boca Chica lors de la conquête texane au XIXe siècle. La privatisation de la plage et le contrôle de la région par Elon Musk constituent une nouvelle dépossession.
Lors d’une conférence de presse en 2018, Elon Musk…
Auteur: Brenda Bazán, Théo Quintard

