Basquiat, artiste multidisciplinaire, dénonciateur des violences faites envers les communautés afro-américaines

L’exposition À plein volume : Basquiat et la musique présentée actuellement au Musée des beaux-arts de Montréal, démontre que l’œuvre de Jean-Michel Basquiat, que l’on associe habituellement à la peinture, convoque plusieurs autres médias : la musique — thème principal de cette exposition-, la littérature, la bande dessinée, le cinéma et… l’animation, un volet nettement moins connu de son travail.

Basquiat est né à New York en 1960, d’un père haïtien et d’une mère d’origine portoricaine. Vers la fin des années 1970, il dessine en collaboration avec Al Diaz des graffitis énigmatiques sous le pseudonyme SAMO. Rapidement, l’artiste se fait connaître dans le milieu de l’art new-yorkais (il se lie d’amitié notamment avec Andy Warhol et fréquente Madonna). Il réalise alors des œuvres picturales en solo et obtient une renommée internationale sans cesse grandissante jusqu’à son décès, en 1988.

À l’heure du mouvement Black Lives Matter, l’œuvre de Jean-Michel Basquiat est plus pertinente que jamais. Elle met en lumière les inégalités raciales et le manque de représentation dans les médias des personnes racisées, mais aussi les violences subies par les Afro-Américains.

C’est ce que je me propose d’explorer dans cet article. Doctorant en littérature et arts de la scène et de l’écran, mes recherches portent notamment sur les interactions entre le cinéma d’animation et les arts visuels (bande dessinée, peinture) ainsi que sur le cartoon américain.

Jean-Michel Basquiat avec son installation Klaunstance, à l’Area, en 1985.
(Photo Ben Buchanan)

Amour/haine pour le cartoon

Enfant, Basquiat rêvait de devenir animateur pour le cinéma d’animation. Une fois devenu peintre, la télévision était toujours allumée dans son atelier, diffusant régulièrement des dessins animés. Ces émissions et films ont été une grande source d’inspiration pour l’artiste. En effet, il a intégré dans ses tableaux plusieurs références à l’animation ou encore, à la bande dessinée.

L’une de ces œuvres que l’on peut contempler dans l’exposition du MBAM s’appelle Toxic (1984). Le tableau représente un homme noir, les bras en l’air, avec en arrière-plan un collage mentionnant plusieurs titres de courts métrages d’animation réalisés entre 1938 et 1948.

Le personnage est en fait un ami de Basquiat, l’artiste Torrick « Toxic » Ablack. Le titre du tableau lui ferait donc référence. Cependant, sachant que Basquiat jouait avec les mots et leurs sens, « Toxic » pourrait en fait vouloir désigner la relation qu’il entretient avec les films d’animation qui sont mentionnés derrière le personnage.

Artiste multidisciplinaire, Jean-Michel Basquiat était aussi musicien. L’exposition qui lui est consacrée au MBAM illustre ce volet de son œuvre..
(MBAM)

Pourrait-on dire que ces films sont considérés toxiques par Jean-Michel Basquiat, malgré l’admiration qu’il leur porte ? En fait, je crois qu’une certaine dualité s’installe dans ce tableau : l’artiste aime le cartoon, mais il le déteste en même temps. Selon le dictionnaire Le Petit Robert, le mot « toxique » peut signifier « nuisible » (de manière sournoise). Le terme « sournois » sous-entend donc que l’élément toxique (le cartoon dans ce cas-ci) est dangereux sans que l’on s’en aperçoive.

La violence des cartoons

Le cartoon est souvent associé à l’enfance, au plaisir, à l’excentricité.

Il s’agit d’un univers où tout est possible : dans Gorilla My Dreams, réalisé par Robert McKimson en 1948, par exemple, le lapin Bugs Bunny parle, se déguise en bébé et imite un singe. Plutôt innocent. Cependant, le dessin animé peut aussi représenter de façon bien sournoise le pire de l’humanité par la violence inouïe qu’il contient : les personnages se pourchassent, se chassent, se frappent, se découpent, se tuent, puis recommencent.

Robert McKimson, Gorilla My Dreams, Warner Bros., 1948.

Ainsi, dans Porky’s Hare Hunt, film réalisé par Ben Hardaway en 1938 et cité dans Toxic, le personnage de Porky est blessé par de la dynamite, se fait maltraiter…

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Auteur: John Harbour, Doctorant en littérature et arts de la scène et de l’écran (concentration cinéma), Université Laval