Quelques jours avant le décès, survenu le 25 juin, de John Goodenough, âgé de 100 ans, inventeur des batteries lithium-ion, la Cour des comptes européenne publiait un rapport alarmant : « Europe is in danger of losing the battery race » (« l’Europe risque de perdre la course aux batteries »).
Les efforts de la Commission européenne pour favoriser la naissance d’une chaîne de valeur européenne des batteries, à la hauteur de 8 milliards de fonds publics, y sont certes loués. Les auteurs préviennent cependant qu’il est probablement trop tard pour résister à la concurrence chinoise.
Si les batteries présentent une telle importance, c’est qu’elles sont nécessaires pour faire fonctionner les véhicules électriques. En Europe, celles-ci ont vocation à remplacer les voitures à combustion interne, dont la vente cessera en 2035. Chargées avec de l’électricité produite à partir de sources à faibles émission de CO2 (renouvelables et nucléaire), elles doivent permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Pourquoi vouloir les fabriquer en France ou en Europe ? On pourrait les acheter aux grands fabricants d’Asie, et notamment de Chine, où se concentrent aujourd’hui les trois quarts de la capacité manufacturière mondiale. Leur énorme système économique favorise les économies d’échelle et les courbes d’apprentissage, au point que les prix des batteries lithium-ion ont chuté de 97 % en 30 ans, une réduction spectaculaire qui a surpris même les plus techno-optimistes. On trouve en outre aujourd’hui des véhicules avec plus de 800 km d’autonomie, de quoi éliminer la « range anxiety » (l’anxiété liée à l’autonomie), même pour les plus soucieux.
Une question d’opportunité
Pour justifier l’achat à l’étranger de batteries, comme pour beaucoup d’autres biens, l’argument des « avantages comparatifs » proposé par l’économiste britannique David…
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Auteur: Michele Coletti, Associate Professor of Innovation, Grenoble École de Management (GEM)

